La race des orphelins d’Oscar Lalo

9782714493484ORIRésumé : Je m’appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal. Le Troisième Reich m’a enfantée. Je suis une oubliée de l’histoire. La seule race que les SS aient créée, c’est la race des orphelins. Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la rencontre, l’homme engagé pour écrire son histoire apprend qu’elle a 76 ans, qu’elle sait à peine lire, à peine écrire. Qu’elle ne connaît rien de ses parents, ne se souvient plus guère de son enfance. Il comprend que sa vie est irracontable mais vraie. Pourtant, Hildegard Müller est loin d’être amnésique. Elle est simplement coupable d’être née en 1943, de géniteurs inconnus mais bons aryens, dans un Lebensborn, ces pouponnières imaginées par le Troisième Reich pour multiplier la «race supérieure». Hildegard Müller devait être la gloire de l’humanité elle en est devenue la lie, et toutes les preuves de sa conception sont parties en fumée avant la Libération, sur ordre d’Himmler. J’ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’ils viennent de nulle part. Oscar Lalo poursuit son hommage à la mémoire gênante, ignorée, insultée parfois, toujours inaccessible. Et nous plonge dans la solitude et la clandestinité d’un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale.

~ Service presse ~

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond pour l’envoi de ce roman. Quelle claque ! Ce roman est une claque humaine, sociale et historique. Ce roman est à lire de toute urgence.

Ce roman nous retrace la vie d’Hildegard Müller, fille du troisième Reich, fille des SS, fille d’Hitler. Née dans un Lebensborn, elle devait être la gloire et la fierté d’un pays, des décennies plus tard elle est encore la honte et l’infamie d’un pays déchu par une guerre mondiale.

« Je suis non seulement fille de l’Allemagne, mais je suis fille de Berlin. Comme Berlin, je suis une ville de débris. Une ville dont on a bombardé la mémoire. Une ville dont on a rasé l’histoire. Je suis née ruine. Je respire la poussière. C’est difficile de se construire sur des gravats. »

Le roman se construit de courts chapitres. On sent l’empressement, la peur d’oublier, la peur de ne pas savoir dire. Les souvenirs s’enchaînent, la lecture se fait d’une traite. C’est puissant. Ces chapitres qui peuvent faire trois lignes comme vingt sont la traduction d’une mémoire fuyante mais aussi d’une honte qu’on ne parvient pas à oublier. Etre une fille d’Hitler, d’Himler, de tous ces sauvages qui tuent au nom de je-ne-sais-quoi… Hildegard est un produit de son état, sans parent, sans éducation, elle se retrouve privée de tout, même de l’humanité des autres. L’économie de mots dans certains cas va aussi marquer l’indicible. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que l’on peut ressentir.

Vraisemblablement teinté d’une tranche de l’Histoire, Hildegard va nous raconter comment elle a pu vivre ce fait de faire partie d’une patrie « déchue » durant l’Histoire. Comment elle se compare à Anne Franck et au peuple juif par extension. Les idées sont bonnes, les idées fusent, on voit ces enfants d’un autre œil après la lecture de ce roman.

« Les Juifs obligés de se cacher, et les enfants de SS qu’on cache, ça a commencé à peu près à la même époque. »

Hildegard va faire appel à un scribe qui va détailler sa vie. Elle parle, raconte et se souvient, lui essaye d’écrire et d’être le plus juste possible pour que les émotions de notre personnage prennent vie et vivent à travers ces pages. C’est tellement bien écrit, les émotions nous assaillent du début à la fin de ce roman. Ce roman se présente comme être le journal d’Hildegard. Cela donne beaucoup de force au roman. En effet, on est vraiment dans la confession, dans l’interrogation et dans la quête identitaire. C’est très prenant et riche en émotions.

« Mon scribe m’apprend qu’on appelle les Juifs « le peuple du livre ». Du coup, je comprends mieux l’autodafé organisé par Hitler devant l’Opéra de Berlin le 10 mai 1933. Un avant-goût d’Auschwitz. Cette nuit-là, les auteurs juifs sont partis en fumée. Tout le monde n’y a vu que du feu. »

Si Hitler a réussi à ravager un monde, il a aussi réussi à ravager une patrie qui va devenir la honte de l’Europe mais aussi du monde. Ils vont subir toute la colère et l’indignation des pays vainqueurs. Les enfants de SS vont devenir la pire honte du pays alors que la race arienne était la volonté des plus grands en Allemagne. Ce roman nous propose de voir aussi comment les allemands ont vécu cela. C’est très intéressant.

« Je suis une oubliée de l’Histoire, mais on ne m’oublie pas pour autant. Tout ça parce que je suis issue d’une institution qui ne manquait de rien, dans un pays qui manquait de tout. On oublie que je n’étais issue d’aucune famille. Le Troisième Reich m’a enfantée, mais le Troisième Reich n’est pas une famille. Je n’en finis pas d’être accusée de ce dont je suis victime. »

Je sais qu’il y a beaucoup de citations dans cette chronique. Mais franchement, je pense que je ne serai jamais à la hauteur pour parler de ce roman. La plume d’Oscar Lalo fourmille de vérité et d’émotions. A travers Hildegard, c’est la parole de milliers d’enfants qui ont grandi dans l’ombre et dans la honte que l’on entend. C’est vraiment formidable. Ce roman est la lumière de ses enfants de la honte. Ces enfants qu’on a fait disparaitre et qui restent une thématique que l’on ne voit pas très souvent dans nos lectures.

C’est une plume riche et dynamique qui va venir bercer ce roman. C’est vraiment très fort, très beau, très pur. On n’est absolument pas dans la surenchère des sentiments. On n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Le lecteur est assaillit par les émotions au travers du spectre d’Hildegard. C’est très intéressant. On va assister à la renaissance de ce personnage qui ne sait ni d’où elle vient ni où elle va. La libération de sa douleur est intense et nous propose une lecture riche humainement parlant.

03 bonnes raisons de lire ce roman :

  • Ces oubliés de la guerre, ces enfants de l’ombre que l’on met enfin en lumière.
  • La plume d’Oscar Lalo au service de l’Histoire.
  • Le personnage d’Hildegard que j’ai profondément respecté et apprécié

5

16 réflexions sur “La race des orphelins d’Oscar Lalo

  1. J’avais beaucoup aimé Max de Sarah Cohen-Scali sur le même sujet, même si Max était un personnage fictif. C’était aussi percutant que touchant. Je suis très curieuse de découvrir celui-ci, merci pour cette découverte, je vais l’ajouter à ma wishlist !

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