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L’obscène oiseau de la nuit de José Donoso

41tW21-fI3L._SX195_.jpgRésumé : Mais qu’y faire ? On dit que plus rien n’est comme dans le temps. Pourtant, cette Maison reste semblable à elle-même, avec cette persistance des choses inutiles. Maintrnant, il n’y a plus que trois sœurs là où toute une congrégation veillait autrefois sur la commodité des pénitents, pour que leur âme pût voler sans entraves matérielles vers les plus pures régions de l’extase.

Sur les terres de la Chimba, au Chili, une Maison de sorcières, d’accoucheuses, de pleureuses. Un narrateur fou, polymorphe, insaisissable. Un monde hallucinatoire, vertigineux, fascinant.

Déconstruisant tous les codes de la narration, José Donoso, figure de proue du nouveau roman latino-américain dans les années 1960/1970, joue avec les esthétiques et sublime la mort, la vieillesse et le monstrueux pour donner à voir une autre réalité, comme une fenêtre ouverte sur nos terreurs inconscientes.

Citée par le journal El Mundo comme l’un des meilleurs romans hispanophones du 20ème siècle, une curiosité virtuose, qu’on lit comme on entre dans un foudroyant délire.

~ Service presse 📚 ~

Je remercie une nouvelle fois la maison d’édition Belfond pour l’envoi de son roman. J’ai été ravie de pouvoir me plonger dans un univers intéressant remis au goût du jour par la collection vintage. Classique de la littérature hispanophone du 20ème siècle, j’ai pu découvrir l’univers de José Donoso ainsi que sa plume. Je ressors de cette lecture échevelée, j’ai du mal à reprendre mon souffle. C’est le genre de roman qu’il faut lire plusieurs fois pour en comprendre le plus possible. Véritable classique de la littérature, j’ai eu un peu de mal à mettre le pied à l’étrier. Une seule question m’a assaillie tout au long du roman : mais dans quoi je me suis embarquée ?

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Les normes et les codes du beau mis à mal
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On va essayer de ne pas rentrer dans le domaine du questionnement philosophique mais ici, le beau comme on peut se le définir prend un virage à 180°. C’est vraiment spectaculaire. Déjà en tant qu’individu, on n’a pas tous la même définition du beau. Mais ici, José Donoso nous propose d’immerger dans un monde où la monstruosité, la déformation et la folie sont « normaux ». J’entends par là que la normalité (un être normalement constitué d’un point de vue scientifique et humain) est pointée du doigt. Ainsi, un des personnages difformes et rejeté par sa famille se voit devenir quelqu’un de beau dans un village créé de toutes pièces par son père pour le protéger de la méchanceté du monde. Mais qui devient cruel quand on pense être le plus beau et le plus équilibré de la terre ? Je vous le donne dans le mille.

On est dans un monde où toutes nos conceptions de la vie sont mises à mal. On reconstruit tout. C’est plutôt un exercice compliqué dans le sens où, malheureusement, qu’on le veuille ou non, nous sommes habitués à certaines normes. Ici, les yeux du lecteur doivent s’acclimater à quelque chose de « bizarre » ou encore d’ « étrange » parce que ce n’est pas que l’on a d’habitude sous le nez. Cette partie-là de l’histoire m’a  beaucoup plu. On est vraiment dans quelque chose de nouveau, qui nous bouscule et qui nous force à concevoir et à penser autrement.

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Le nouveau roman : qu’est-ce que c’est ?
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J’ai apprécié retrouver le nouveau roman dans une lecture qui sort du cadre scolaire. Notion compliquée et simple à la fois, c’est mon copain Wikipédia qui vient vous l’expliquer en quelques lignes.

Le nouveau roman vient rejeter plusieurs notions :

Le rejet du personnage : Que le roman puisse prétendre créer et faire connaître un « personnage » cohérent, dans toutes ses dimensions, de sa naissance à sa mort, paraît aberrant aux Nouveaux Romanciers.

Le rejet du point de vue omniscient : Le point de vue « surplombant » d’un narrateur tout-puissant et omniscient est énergiquement rejeté ; le narrateur, souvent multiple, parfois indécidable, ne peut donner qu’un point de vue partiel, et partial.

Il y a aussi le rejet de l’intrigue et de toute forme de réalisme. Je vous invite à aller voir de vous-même. Vous comprendrez ainsi aisément que l’auteur inscrit totalement son roman dans ce genre précis.

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Intrigue, plume et narration
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Ici, c’est vraiment un exercice littéraire fouillé qui pourrait rendre hommage à ce livre. Personnellement, je ne peux pas dire que la lecture de ce roman soit un coup de cœur, en effet, on se retrouve vraiment dans un endroit exotique et pleins de mystères : même les personnages ont cette part de bizarrerie (sans parler de physique) dans leurs comportements. On ne sait pas trop où l’auteur veut nous emmener. Je ne sais pas comment expliquer mon avis sur le roman. Je pense que l’auteur peut être satisfait !

J’ai beaucoup pensé à Blas de Roblès durant ma lecture. J’ai surtout pensé à Là où les tigres sont chez eux. C’est exotique à souhait autant dans les décors que dans la manière de traiter le sujet. On reste vraiment dans l’aventure étrange. On se demande vraiment ce que peut être ce roman.

Notre Narrateur, El Mudito est un personnage bien singulier : déformé, sourd et muet, il nous offre une possibilité de nous infiltrer dans son esprit, dans sa folie. Personnage aussi important que notre narrateur, la Maison : un dédale de pièces, de couloirs où l’on se perd facilement. El Mudito y travaille.

Le résumé nous parle de polymorphisme et franchement, c’est carrément ça. Le « je » devient un « nous » qui passe au « tu » puis au « ils » bref, on est dans un enchevêtrement de réalités qui n’ont qu’un point commun : les pensées du personnage principal. C’est fouillé, innovent mais complètement fou. C’est un risque à prendre quand on écrit un roman aussi révolutionnaire : on perd le lecteur. C’est certainement une volonté de la part de l’auteur mais franchement, il a bien réussi son coup, j’étais complètement perdue.

A un moment, j’ai pris le parti de faire le vide dans mon esprit, de chasser toutes mes appréhensions sur le roman et c’est là que je suis enfin partie au Chili pour vivre cette expérience. Elle n’est pas de tout repos mais franchement intéressante.

Pour pouvoir clairement parler de ce roman, il faudrait le lire. Cependant, je tiens à le dire tout de suite, ce n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains des lecteurs. Si je n’avais pas déjà fait l’expérience d’un roman OVNI en cours de littérature, j’aurais certainement abandonnée ma lecture : c’est dense, fou et follement intelligent. Ca part dans tous les sens, au rythme des conversations et des souvenirs de notre narrateur.

3 bonnes raisons de lire le roman :

  • Des personnages hors normes dans tous les sens du terme
  • Un univers complètement inattendu et innovant
  • Un roman OVNI qui fait partie des classiques du 20ème siècle.

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